Jusqu'à nous enterrer dans la mer - Documentaire

THEMA

«Le film le plus juste que j’ai vu sur ce continent» - Maurice Lemoine, ex-Rédacteur en Chef du Monde Diplomatique, spécialiste de l'Amérique Latine.  Dimanche 22 octobre à 17h30 au cinéma L'Aventure, Galerie du Centre, 57 rue des Fripiers à Bruxelles (entre la Monnaie et l’arrière de la Bourse).

« Jusqu’à nous enterrer dans la mer », Venezuela 2017, 60 min, sous-titres français.

Comme la salle était bondée lors de l'avant-première organisée par le Festival du Cinéma d'ATTAC Bruxelles en septembre et que plusieurs personnes n'avaient pu entrer,
le cinéma l'Aventure a décidé de reprogrammer ce documentaire ce dimanche 22 octobre à 17h30. Il est recommandé de réserver. Les bénéfices iront à l'École Populaire et Latino-américaine
de Cinéma et Télévision (pour une chronique de ses plus récentes activités)

RÉSERVEZ DÉJÀ VOTRE PLACE À «L’AVENTURE» 

OU VIA LE SITE DE CE CINÉMA

https://fr-fr.facebook.com/events/121436885200897/

Pour obtenir le DVD: [email protected]  

Interview du réalisateur (Thierry Deronne) par Gloria Verges, présidente de France-Amérique Latine Bordeaux Gironde (FAL33.org), Bordeaux, 19 mars 2017.

Gloria Verges – Thierry tu viens de présenter à nos 34èmes Rencontres du cinéma latino-américain a Bordeaux, hors compétition, ton documentaire inédit « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » qui tente de faire le point sur la révolution bolivarienne au Venezuela et qui est aussi une autre manière de représenter la politique.

Thierry Deronne – Oui, évidemment on pourrait se contenter de représenter le politique vénézuélien en jouant les envoyés spéciaux,  en filmant tour à tour les visages d’opposants et d’amis, ou de membres du gouvernement mais ce serait anachronique, cela reviendrait à exporter en Amérique latine la fausse égalité des plateaux de télé qu’a démontée Pierre Bourdieu. Pire : Ce serait reproduire le narcissime du journaliste politique-grenouille qui veut devenir bœuf en fréquentant les palais présidentiels et puis qui donne, en toute impartialité, « 50 % à Hitler et 50 % aux Juifs » comme rit bien Godard…

G. V. – Pourquoi « anachronique » ?

T.D. – Parce que la réalité profonde du politique n’est plus dans cette rue médiatique binaire, trop bien faite pour les caméras ! Elle est notamment dans le temps, l’écoute, la participation et les leçons citoyennes à tirer de la construction ou déconstruction d’organisations. Elle est, surtout, dans la dépolitisation généralisée qui déborde la forme politique classique, en particulier dans cette nouvelle génération qui partout, parmi la plupart des jeunes du Brésil, de Cuba ou même parmi les jeunes démobilisés des FARC, se fout de cette projection politique des journalistes. La majorité de la jeunesse est ailleurs, elle ne vote plus, elle s’est perdue quelque part dans le nouveau cosmos de la globalisation et des technologies virtuelles. C’est ce qui explique en grande partie pourquoi la plupart des gauches sont dans les cordes actuellement. Ce phénomène planétaire fait qu’on ne peut pas représenter le politique comme avant. D’ailleurs la gauche et la politique elle-même n’ont pas d’avenir en dehors de la démocratisation radicale de la propriété des médias, de la formation et des politiques culturelles. On peut se demander pourquoi la gauche ne s’y est pas attelée depuis le début ! ça confine au suicide ou à la servitude volontaire de La Boétie.

G.V. – Comment alors représenter le politique ? Comment as-tu fait pour ton documentaire ?

T.D. – Notre film est le fruit d’un an de vie en commun avec les habitants du quartier populaire « Bello Monte » dans l’état d’Aragua. Pas de préjugés, de commentaire off, pas d’interview journalistique. Cette écoute n’est pas pour autant humanitaire ou intimiste, nous parlons d’une analyse collective issue des rapports entre situations et personnages. Elle permet de comprendre la relation du petit territoire avec le vaste monde, par exemple des citoyens avec l’Etat ou avec la globalisation. Elle génère parfois la poésie sonore ou visuelle qui peut sauver de la misère de l’apolitisme et de l’évangélisme. Elle est la possibilité de cesser de nous raconter des histoires, d’arrêter de projeter notre temps médiatico-politique sur le temps de la société latino-américaine. Ici on met les cartes sur la table, on n’éteint aucune contradiction, on montre les conflits profonds de la réalité sous l’apparence lisse et statique. « Ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie » disait Louis Althusser. Contre la monoforme journalistique de la gouvernance planétaire, il s’agissait pour nous de construire une forme ouverte avec des temps d’identification aux êtres comme sujets et non comme objets, de retrouver un montage intellectuel qui laisse au spectateur un espace pour penser, participer, travailler au sens.

G.V. – Pendant le festival tu nous as aussi présenté plusieurs films issus du travail de l’école populaire et latino-américaine de cinéma…

T.D. – Nous venons de mener un an d’enquête parmi les trente-cinq collectifs qui font de la télé associative qui a surgi un peu partout au Venezuela depuis que la révolution bolivarienne a légalisé ce droit. Première conclusion,  la difficulté énorme de créer un nouveau modèle de télévision dans un champ médiatique qui reste écrasé par la forme commerciale. Une forme devenue tellement « naturelle » qu’elle est imitée par le service public et par les médias associatifs. Notre école populaire de cinéma et télévision cherche depuis vingt ans à desserrer ce carcan et à ouvrir d’autres voies, notamment en étudiant d’autres expériences d’esthétique révolutionnaire et en repartant toujours de la participation populaire. Un média n’est pas révolutionnaire parce que son contenu est révolutionnaire mais parce que son mode de production, sa forme d’organisation, est révolutionnaire. Ces films récents sont le témoin de ce chantier.

Trailer

Affiche

Le Réalisateur

Thierry Deronne, licencié en Communications Sociales (IHECS, Bruxelles, 1985) vit au Venezuela depuis 1994. Enseignant universitaire (UBV, UNEARTE) et formateur des mouvements sociaux au sein de l’Ecole Populaire et Latino-Américaine de Cinéma et de Télévision. Après avoir donné des formations audiovisuelles dans le Nicaragua sandiniste des années 80, il fonde cette école au Venezuela en 1994, et participe à la fondation de plusieurs télévisions associatives et publiques comme Vive TV, dont il fut vice-président de 2004 à 2010. Créateur du Blog Venezuela Infos.  Cinéaste, réalisateur du Passage des Andes (2005), de Carlos l’aube n‘est plus une tentation (2012) et de Jusqu’à nous enterrer dans la mer (2017).

Les assertions et opinions exprimées dans les pages du Vilain Petit Canard par des contributeurs, ou dans le cadre d'une reproduction restent propriété exclusive de leurs auteurs respectifs réputés en assumer l'exactitude et la responsabilité qui ne peut être imputable à la rédaction du Vilain Petit Canard. Ces articles sont signalés par une mention spécifique du nom de l'auteur ou son pseudo s'il a souhaité garder l'anonymat, et mentionnent un lien vers l'article original.

Newsletter hebdomadaire

Ils l'ont dit [+]

L'ignorance des masses est la première force des dirigeants
Anonyme
Nous n'avons plus de grand homme, mais des petits qui grenouillent et sautillent de droite et de gauche avec une sérénité dans l'incompétence qui force le respect.
Pierre Desproges
Dans les temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire
George Orwell

Sélection d'Actu