Bernard Mourad, un citoyen engagé

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L’ex-Morgan Stanley Bernard Mourad, qui avait quitté le groupe Altice Media Group (Drahi) pour se consacrer à un « engagement citoyen » auprès du mouvement « En Marche! », n’est pas resté longtemps dans la politique et on peut se demander pourquoi. Cet ami personnel du marquis présidentiel avait pourtant annoncé à grand renfort de publicité son adhésion en octobre 2016 à l’emmarchisme révolutionnaire. Il voulait alors contribuer au lancement d’une « mobilisation de toutes les forces vives de la société civile, trop longtemps éloignées de la vie publique par un système partisan archaïque, enfermé dans des clivages désormais dépassés, des postures tacticiennes et artificielles qui ne visent le plus souvent qu’à l’auto-préservation de positions statutaires plutôt qu’à la construction d’un projet politique ambitieux pour les générations futures ». A-t-il usé trop vite ses semelles cuir cousues goodyear en parcourant les routes de France en quête d’ingénus à convaincre et de décérébrés à pousser aux urnes? Toujours est-il qu’aux dernières nouvelles, l’oiseau Mourad s’est envolé, non pas vers une branche plus élevée de l’engagement citoyen, mais vers des cieux dorés chargés de golden promesses. Il s’est tout d’abord lancé dans la création d’un nouveau média vidéo en association avec Giuseppe di Martino (ancien PDG de Dailymotion) et de Johan Hufnagel de Libération - l’ex journal de Jean-Paul Sartre mais c’était il y a longtemps. Leur projet s’appelle « Looper » et s’inspire, selon le magazine Challenge, de l’américain « Now this » qui a déjà rapporté 32 millions de dollars à ses propriétaires, des anciens du Huffington Post. Il est vrai qu’un engagement citoyen ne rapporte pas tant, même quand il permet d’asseoir sur le Mont Blanc de la politique nationale un bon copain zézayant aux allures de premier de cordée. En attendant de compter les millions qui ruisselleront sur son front génial d’homme d’affaires frotté de littérature, Bernard Mourad s’est associé au dieu Jean-Marie Messier dans la mise en marche d’une société de consultants appelée Board Partners. Depuis cette structure, l’ex-décideur malchanceux et le jeune banquier citoyen pourront conseiller des patrons des grandes entreprises qui, comme chacun sait, ne gagnent jamais assez d’argent et continuent d’amasser des lingots sans doute en prévision de la  crise systémique qui nous guette et risque de nous précipiter tôt ou tard dans une fuite en avant guerrière car il serait dommage, tout de même, que les sans-dents, soudain conscients de l’échec du système, envoient promener les contremaîtres de l’économie de marché qui les font marcher au bobard et à la trique.

Au sein de ‘Board Partners’, Bernard Mourad saura certainement mettre à profit ses connaissances en ‘Leverage Buy Out’, en ‘Achat par effet de levier’, ce dispositif merveilleux que tout le monde connaît maintenant et qui permet aux riches d’acheter des entreprises qui remboursent elles-mêmes - quelle générosité! - les emprunts souscrits par leurs acquéreurs, grâce à des méthodes d’optimisation telles que le dégraissage des personnels, l’application de salaires bas et l’augmentation des cadences d’équipes transformées en armées stakhanovistes, abruties et abasourdies - notons que, dans cette optique, la destruction du Code du travail est un plus notable. Comme le souligne le journal Les Echos, Messier et Mourad ne seront pas seuls puisque rejoints par « plus de 70 anciens hauts-dirigeants [...] mobilisables en mode commando ».

Après la « blitzkrieg » estivale promise par le héraut des valeurs chrétiennes François Fillon et menée à bien par le marquis-président et ses petits amis joueurs de pipeau dans la fanfare de l’Elysée, nous sommes heureux que le vocabulaire militaire trouve une nouvelle jeunesse pour désigner les modes d’action d’un patronat qui, non satisfait de piller l’État et les caisses publiques, rêve de nous resservir ce dix juillet 40 qui lui avait permis à l’époque, bien entendu avec le concours de l’allié allemand toujours disponible dans le rôle d’envahisseur, d’interdire aux travailleurs français d’ouvrir le bec pour réclamer.

On ne peut donc que souhaiter bonne chance au citoyen Mourad qui, n’en doutons pas, ne conseillera que des projets durables tant sur le plan social qu’écologique. Et nous lui souhaitons de gagner beaucoup d’argent (32 millions, c’est si peu, au fond et nous pensons qu’il mérite mieux que ces demeurés étasuniens de Now This) car un citoyen comme lui, ça n’a pas de prix.

Article original sur la page facebook de Bruno Adrie

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