Quand Mike Pence dénonce le « totalitarisme » au Venezuela

ACTU

Tranquille, le Vice-président étatsunien monte d'un cran dans la rhétorique impérialiste.

Les déclarations

Le 15 juin dernier, lors d'une conférence sur « La Prospérité et la Sécurité en Amérique Centrale », organisée conjointement par le Département d'État (US), le Département de la Sécurité intérieure (US) et le Mexique;  s'adressant à un parterre de dirigeants d'Amérique Centrale, le Vice-président américain, Mike Pence, parlant de la situation au Venezuela, adressait la mise en garde suivante :

Il suffit de regarder le Venezuela pour voir ce qui se produit lorsque la démocratie est compromise.

Cette nation, autrefois riche, s'effondre dans l'autoritarisme qui a causé des souffrance incalculables au peuple vénézuélien, et son basculement dans la pauvreté.  Nous devons tous élever notre voix pour condamner les abus de pouvoir et les pratiques du gouvernement envers son propre peuple, et nous devons le faire maintenant.  Source : Reuters, traduction LVPC

Déclaration largement applaudie par un parterre totalement acquis à la vision belliqueuse et néocolonialiste de l'intéressé, le journaliste ajoutant même, pour l'occasion que :

Depuis le début du mois d'avril, les manifestations ont fait 69 morts et des centaines de blessés.  L'opposition a été encore avivée par le plan de (Nicolas) Maduro en vue d'organiser des élections le 30 juillet prochain visant à l'élection d'une assemblée constitutante (...).

Plus tôt ce mois-ci, les États-Unis dénonçaient l'interdiction de manifester et appelaient à des élections libres, disant que (Nicolas) Maduro ne devrait pas être autorisé à suivre un chemin « dictatorial » comme celui du Président syrien, Bachar al- Assad. Source : Reuters, traduction LVPC

Réaction de Nicolas Maduro

Je dis au Vice-président des États-Unis de garder son nez hors du Venezuela.  Il n'y aura pas de gringo, de yankee, d'intervention impérialiste au Venezuela. Source : Reuters, traduction LVPC

Analyse

Tout d'abord il convient de se rappeler que ce n'est pas la « population » qui manifeste au Venezuela, mais une toute petite frange de la population aisée, aidée en cela par des jeunes désoeuvrés qu'ils paient pour faire la sale besogne.

Cette droite des possédants, qui se fiche de la démocratie comme d'une guigne a été rendue littéralement folle de rage par l'initiative du Président Nicolas Maduro qui a signé, le 23 mai dernier, un décret définissant les modalités d'élection des membres de l'assemblée constituante appelée à rédiger une nouvelle constitution.   Cette assemblée comptera 540 membres dont 176 issus du monde associatif (syndicats, étudiants, retraités), et les 364 autres élus selon un découpage par circonscriptions électorales.

Vous l'aurez compris, ce sont les 176 membres issus de la société civile qui ne « passent pas », attendu que pour cette droite, « populaire » implique « acquis aux idées de la révolution bolivarienne ».  D'une manière générale, les notables sont notoirement réfractaires à l'idée que des simples citoyens puissent décider de l'avenir du pays, et plus symboliquement encore, de participer à la rédaction de sa loi fondamentale.

Pourtant, lorsqu'on y songe, la constitution n'a pas pour objet de compléter les trois piliers du pouvoir que sont le législatif, l'exécutif et le judiciaire; mais bien d'en délimiter strictement le cadre et de prévenir toute dérive totalitaire ou autocratique.  À cette aune, les membres issus d'un de ces trois cénacles devraient être absolument empêchés d'y participer, et s'ils le devaient malgré tout, ils ne devraient plus être autorisés à siéger ultérieurement dans aucune de ces fonctions.

Les « victimes de la répression »

À ce sujet, je ne puis que vous conseiller l'excellent article de Thierry Deronne, qui vit au Venezuela et nous montre une toute autre réalité que celle dont les médias occidentaux, aux ordres de leur propriétaires/bailleurs, tentent de nous abreuver.  Des policiers au nombres des « victimes », par ailleurs majoritairement de simples passants tués par les manifestants eux-mêmes; armés jusqu'aux dents là où il est interdit aux forces de l'ordre d'intervenir avec autre chose que des canons à eau et des lacrymogènes.

Malgré les mortiers, armes à feu, grenades ou cocktails Molotov utilisés par les manifestants « pacifiques » (sans oublier les mannequins de chavistes pendus aux ponts, signature du paramilitarisme colombien), la loi interdit à la Police ou la Garde Nationale d’user de leurs armes à feu. Les manifestants de droite en profitent pour pousser leur avantage, déverser leur racisme sur les gardes ou policiers, les provoquer à coups de jets d’urine, d’excréments et de tirs à balles réelles, guettant la réaction pour les caméras de CNN. Les fonctionnaires des forces de l’ordre qui ont désobéi et qui se sont rendus coupables de blessures ou de morts de manifestants ont été arrêtés et poursuivis en justice (10). Le fait est que la grande majorité des victimes sont des travailleurs qui allaient au boulot ou en revenaient, des militants chavistes ou des membres des forces de l’ordre (11). C’est pourquoi le « Monde » parle de morts en général  – pour que l’on croie qu’il s’agit de « morts du régime ». Allonger la liste des « morts » sert à augmenter l’appui planétaire a la déstabilisation : il y a dans ces meurtres, il est terrible de le constater, un effet de commande médiatique.  Source : Comment «Le Monde» invente la «répression» au Venezuela

Basculement dans la pauvreté

Le Venezuela est un pays en développement, classé 59e pour le PIB / habitant (PPA) par le FMI. Son économie est essentiellement tournée autour du pétrole et du gaz naturel, secteur qui représente 95 % des exportations et 25 % du PIB.  Or les États-Unis maintiennent artificiellement bas le prix du baril de pétrole depuis des années déjà, précisément pour affaiblir les économies des pays producteurs qui ne sont pas directement placés sous leur coupe (Russie, Iran, Venezuela).

Néanmoins le pays reste parmi les moins inégalitaires de la région, selon le calcul du coefficient de GINI, dans un rapport publié récemment par les Nations Unies.

Impérialisme à son paroxysme

Nous vivons malheureusement à une époque charnière.  Une époque où les États-Unis d'Amérique ont compris qu'ils sont sur une pente qui les mènera inéluctablement à la perte de leur leadership; ce qui est déjà le cas, si l'on s'en tient strictement la l'économie, domaine dans lequel ils sont désormais en deuxième position derrière la Chine.

Mais savoir ne veut pas dire accepter, et il n'est rien de plus dangereux qu'un animal sauvage lorsqu'il est blessé, et qu'il sait sa fin proche.   Ainsi, les États-Unis n'acceptent pas l'émergence d'un monde désormais multipolaire où ils devront s'accommoder du pouvoir sans cesse croissant des pays émergents et de la Chine.

Ainsi, appliquant strictement la doctrine Brzezinski[1], l'un des objectifs de la politique extérieure américaine reste le contrôle de l'accès et de l'exploitation des gisements pétroliers.   Or il se trouve que le Venezuela possède plus d'un tiers des réserves pétrolières mondiales, même si ce pétrole reste plus coûteux à extraire que le pétrole saoudien, par exemple.

Mettre la main sur pareilles réserves permettrait non seulement de garantir durablement les approvisionnements pour l'Oncle Sam, mais surtout d'en priver les puissances rivales telles la Chine, et ainsi étouffer leur développement.  C'est exactement la même raison pour laquelle la nouvelle administration étatsunienne veut revenir sur les accords conclus avec l'Iran.  Pas question de laisser cette puissance régionale riche en gisements pétroliers s'allier avec l'ennemi.  On préférera la stratégie du chaos.  On met le pays à feu et à sang, puis on y installe un régime fantoche ou pas de régime du tout, on reprend le contrôle des réserves pétrolières et vogue la galère !  Ça ne vous rappelle rien ?  Irak, Libye, Syrie...

Notes

[1] Zbigniew Brzezinski  :  né le 28 mars 1928 à Varsovie (en Pologne) et mort le 26 mai 2017 à Falls Church (Virginie), est un politologue américain.

Il a été conseiller à la sécurité nationale du président des États-Unis Jimmy Carter, de 1977 à 1981. En tant que tel, il a été un artisan majeur de la politique étrangère de Washington, soutenant une politique plus agressive vis-à-vis de l'URSS – en rupture avec la Détente antérieure – qui mettait l'accent à la fois sur le réarmement des États-Unis et l'utilisation des droits de l'homme contre Moscou. Il reste jusqu'à sa mort un observateur écouté en matière de politique étrangère aux États-Unis.  Source : Wikipedia

Comments

On vit une époque formidable.
Avec un peu de chance, je vivrai peut-être assez vieux pour assister à la chute de l'Empire Yankee !
Allez, on y croit.

Article Impeccable !
Bravo.

Patrick Legrand

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