Israël se vautre dans la fange

ACTU

Et la communauté internationale regarde ailleurs, ou déplore mollement les victimes en appelant « les deux parties » à la modération.

Photo : Simona Frankel, ambassadrice d'Israël en Belgique, source : Rtbf

Photo : Simona Frankel, ambassadrice d'Israël en Belgique, source : RTBF/Auvio.

Les faits

Mardi 14 mai, les États-Unis d'Amérique inauguraient leur nouvelle ambassade, située à Jérusalem, dans les locaux de ce qui était jusqu'alors le consulat. Cette décision unilatérale américaine, décriée unanimement par la communauté internationale, est parfaitement illégale au regard du droit international et viole les résolutions du Conseil de sécurité et de l'Assemblée générale des Nations Unies.

L'inauguration, improvisée à la hâte pour coïncider avec le 70ème anniversaire de la création de l'État d'Israël, dans la partie arabe de la ville ne pouvait laisser indifférents les citoyens arabes palestiniens, et — dans une plus large mesure encore — les 2 millions de palestiniens vivant dans le camp de concentration de Gaza, encaqué entre une mer quadrillée en permanence par la marine israélienne (blocus maritime), isolé au Sud à la frontière avec l'Égypte, fermée à la demande insistante des gouvernements israéliens successifs, et clôturé à l'Est par la fameuse « barrière de sécurité », lieu de tous les massacres des dernières semaines commis par Tsahal sur des Palestiniens pacifiques, venus manifester dans le cadre de la « Marche du retour ».

Ce timing n'est pas anodin : il vient dans une période cruciale où l'État israélien qui se rend tant et plus coupable de crimes de guerre est désespérément à la recherche d'un prétexte pour justifier l'usage de la violence aveugle. Ils ont tout essayé : assassinat de membres du Hamas, d'un ingénieur palestinien en Malaisie, ciblage des journalistes, etc. Tout est bon pour mettre le feu, susciter une réaction violente des factions palestiniennes combattantes afin de rejouer un sequel de l'opération « Plomb durci ».

Hier, donc, ce sont 55 manifestants civils pacifiques qui ont été abattus comme des chiens par les snipers de l'armée « la plus morale du monde ». Enfin, quand je dis « comme des chiens », je ne suis pas sûr que ces petits crétins auraient froidement tué des chiens comme ça, sans raison. Mais pour des Palestiniens, pas de problème ! Parmi les victimes, 8 enfants de moins de 16 ans dont un bébé, asphyxié par les gaz lacrymogènes.

La première question que je me pose, ayant moi-même un fils de l'âge de ces conscrits-assassins, c'est à quel point d'abjection les cadres de Tsahal sont-ils arrivés pour pousser ces gosses à commettre des atrocités qui tôt ou tard, briseront leur vie pour toujours ? On les a vus, les brillants héros de Sarajevo, les snipers qui du haut des immeubles tuaient femmes, enfants, vieillards : on les a vus recroquevillés en position foetale sur leur lit d'hôpital psychiatrique, gémissant les yeux dans le vague, totalement détruits, hantés pour le restant de leurs jours par les fantômes des âmes qu'ils avaient arrachées à la vie. Ces regards saisis dans le réticule, qui revenaient nuit après nuit peupler leurs cauchemars.

La « communauté internationale »

Exception faite de l'Afrique du Sud, qui a pris la décision de rappeler son Ambassadeur avec effet immédiat, la soi-disant communauté internationale, si prompte à réagir quand il s'agit de dénoncer les « crimes de guerre » du « tyran Bachar » brille par son absence. Du point de vue belge, la déclaration du ministre des Affaires étrangères rappelle étrangement les précédentes : 

Les violences que l'on a vécues à Gaza sont inacceptables. D'une part, le Hamas était totalement inconscient en lançant autant de milliers de personnes vers la frontière quand on voit ce qui s'est passé au cours des dernières semaines et la tension qui était présente sur le terrain. D'autre part, c'est un usage disproportionné de la force qui a été utilisé à l'égard de civils.

Dans lequel on rappelle que c'est le Hamas qui est avant tout responsable d'avoir envoyé des manifestants pacifiques protester devant la barrière de sécurité : eh oui, s'ils avaient fait une belote à la place, ou bu le thé en regardant le foot à la télé, les fous furieux d'en-face ne les auraient pas trucidés ! Faut-il préciser que cette drôle de marotte de placer le Hamas à la manoeuvre en tout temps ne fait plus guère illusion ? Faut-il rappeler que la Marche du retour n'est pas une initiative du Hamas ? Et quand bien même il y aurait des membres du Hamas au sein des manifestants, je ne vois pas trop en quoi cela autoriserait l'armée à faire usage d'armes de guerre contre eux ?

Ensuite, on glisse mollement un timide « c'est un usage disproportionné de la force » ? Non ! Non, Monsieur Reynders, c'est un massacre délibéré de civils exerçant leur droit à s'assembler et à manifester pacifiquement, c'est un crime de guerre ! Le 30 mars déjà, toujours dans le cadre de cette manifestation pour le droit au retour, les snipers israéliens avaient abattu 17 palestiniens et blessé plusieurs centaines d'autres. Combien de victimes civiles, combien d'enfants vous faudra-t-il encore avant de prendre vos responsabilités ?

Cette barrière est en train de devenir le stigmate de la honte bue des nations face à leur soumission atlantiste.

Du côté de Paris, pas mieux : 

La France a condamné les violences, par la voix d'Emmanuel Macron. Le chef de l'État annonce qu'il parlera aux acteurs de la région ces prochains jours. Plus tôt, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian a exhorté les autorités israéliennes au « discernement » et à la « retenue dans l'usage de la force » et estimé que le transfert de l'ambassade américaine en Israël à Jérusalem contrevenait au droit international. « La France rappelle le devoir de protection des civils, en particulier des mineurs, et le droit des Palestiniens à manifester pacifiquement », a ajouté le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. Source : Figaro

C'est bien joli de rappeler « le devoir de protection des civils », mais ce serait mieux de condamner les crimes, aussi, ou du moins de faire en sorte que la justice internationale puisse s'en saisir afin que les coupables soient traînés devant le TPI. Cette frilosité montre combien l'alignement sur Washington a définitivement détruit jusqu'à l'idée même d'une souveraineté de la France en matière de politique étrangère. Pour le reste, l'UE s'en occupe, n'est-ce pas ?

Petit florilège médiatique

Libération : Proche-Orient Trump s’installe à Jérusalem : au moins 59 morts à Gaza. Après sept semaines meurtrières, la manifestation contre l’inauguration de l’ambassade des Etats-Unis dans la Ville sainte a été durement réprimée par l’armée israélienne, lundi. Depuis le début de la « Marche du retour », plus de cent Palestiniens ont perdu la vie.

Sont distraits, ces Palestiniens ! À moins que ce ne soit l'effet de foule ? C'est vrai que dans ce genre de kermesse, on a vite fait de perdre des trucs, ils auraient dû penser à créer une tente spéciale « objets trouvés » ou « vies trouvées » ? Regardez les Israéliens, eux ils n'ont pas perdu une seule vie, on reconnaît tout de suite là des gens mieux organisés. Je suppose qu'on doit également saluer le bon usage du verbe « réprimer » à la place du désormais traditionnel « réprimander » qu'on lisait un peu partout, jusqu'ici ?

Le Soir : 55 morts à Gaza : Netanyahu justifie l’usage de la force par la défense des frontières. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a défendu lundi l’usage de la force dans la bande de Gaza par le droit de son pays à protéger ses frontières contre l’organisation « terroriste » Hamas, après la mort de 55 Palestiniens sous les tirs israéliens.

Une frontière, eh ? Entre quels États ? En même temps, que ce psychopathe défende le bon droit d'Israël à massacrer les Palestiniens en toute tranquillité n'a pour moi rien de surprenant, par contre, ce qui me fait légèrement tiquer, c'est qu'on lui offre une tribune sur le plus grand quotidien du pays pour le faire. À quand une tribune libre pour Mahmoud Abbas ?

Le Point : Ambassade américaine - 55 Palestiniens morts après des heurts à Gaza. Selon un bilan provisoire, 55 personnes ont été tuées et 500 autres blessées après des affrontements avec des soldats israéliens.

Des « heurts » ? Qu'est-ce que ça veut dire exactement ? Que les Palestiniens auraient attaqué les soldats surarmés postés derrière la barrière ? Avec quoi ? Des cerfs-volants ? Accessoirement ce ne sont pas 55 Palestiniens « morts », mais bien « tués », et ce n'est pas « après », mais « lors » ou « au cours ». De rien.

Ouest-France : Après l’attaque sanglante à Gaza qui a tué 59 personnes, les Palestiniens pleurent leurs morts.

Parfait exemple de manipulation sémantique, et qu'on ne vienne pas me dire que c'est accidentel. Le titre n'impute à personne la responsabilité des morts c'est une « attaque sanglante » qui est responsable. De qui, et qui en a été victime ? On n'en saura rien.

Et la palme d'Or est attribuée à ...

L'ambassadrice d'Israël en Belgique, Simona Frankel.

« Les 55 Palestiniens morts de la bande de Gaza étaient des terroristes »

« Je regrette chaque mort, même si ce sont des terroristes, 55 terroristes », a déclaré ce mardi matin l'ambassadrice d'Israël à Bruxelles, Simona Frankel, au micro La Première sur la RTBF. « Même les 8 enfants et un bébé ? », lui demande le journaliste. « Des gens qui prennent des enfants et des bébés, ce n'est pas dans le cadre de manifestations calmes », a répondu la diplomate.

Selon l'ambassadrice, le responsable de ces morts est le Hamas qu'elle qualifie de groupe terroriste. « C'est le Hamas qui a pris en otage les Palestiniens dans la bande de Gaza et qui les envoie vers leur mort. Le Hamas est le seul coupable de ces morts. Ils ont décidé de sacrifier leurs frères et sœurs, femmes et enfants, pour gagner cette guerre médiatique. Nous ne voulons pas gagner cette guerre médiatique. » Source : La Libre

Je pense que cette intervention se passe de commentaire.

La résistance non violente

Au vu des réactions calmes et dignes de la population de Gaza, j'ai le sentiment qu'ils ont franchi un stade décisif en termes de compréhension des enjeux, et surtout, des moyens. La force n'est pas une option, parce qu'elle justifie des cruelles représailles, fournissant à bon compte des excuses aux nations hypocrites, qui ne savent masquer leur propre avilissement que derrière l'anathème et l'inversion accusatoire.

Rien de tel ici, nous avons un champ, plat comme la main, rougi du sang des innocents, venus là non pas parce qu'ils auraient été suicidaires ou stupides, mais parce que le désespoir ne cède qu'au sacrifice.

Et les vainqueurs ne sont pas toujours ceux qu'on croit.

Je suis Gaza

Parce que pour chaque innocent qui meurt, c'est un peu de notre propre innocence qui s'en va. Pour chaque avilissement assumé ou supporté, c'est un peu de notre propre capacité à distinguer le bien du mal qui s'estompe, c'est une parcelle de notre âme que nous perdons.

« Indignez-vous », disait Stéphane Hessel. Il avait compris que ce qui fait notre humanité, c'est précisément notre capacité à nous indigner, ou à nous émerveiller, tour à tour, tout au long de notre vie.

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