Cross Check, cet ami qui vous veut du bien

ACTU

Plus qu'un ami, presque un grand frère, le nouvel outil de « vérification des faits » mis en place par Facebook aura mis moins de 24h avant de tomber le masque et de se révéler pour ce qu'il est.  Un outil de censure au profit exclusif d'un système aux abois.

Dans un communiqué de presse daté du 3 mars, Facebook annonçait l'activation en France de l'outil de « fact-checking », en collaboration avec les médias suivants : AFP, BFMTV, L’Express, France Médias Monde, France Télévisions, Libération, Le Monde et 20 Minutes.

L'objectif, louable sur le papier, est de limiter la diffusion de fausses nouvelles sur internet.  En pratique, il ouvre la porte à toutes les dérives et il aura fallu moins de 24h pour que nous en voyions les premiers effets.  Désormais, sur Facebook et google, c'est Big brother[1] qui décidera de ce que vous pouvez lire.

Comment ça marche ?

Il est désormais possible pour les utilisateurs de Facebook de signaler un contenu qu'ils pensent être « une fausse information ».  Celle-ci sera alors marquée pour être examinée par « des organisations tierces, disposant d’une expertise dans la vérification d’informations et adhérant à la charte élaborée par le réseau international de fact-checking Poynter ».  Comprenez, les journalistes des médias susmentionnés.  Qui forcément sont compétents pour cette tâche, et sont forcément indépendants. 

Notez que j'avais déjà épinglé dans un précédent article les liens douteux qui existent entre Poynter et des personnages sulfureux comme George Soros ou Pierre Omidyar.

Que se passe-t-il lorsqu'un article est « contesté » par les fact-checkers ?

À la lecture du long article qu'avait publié Mark Zuckerberg sur sa page Facebook, j'avais cru comprendre qu'il s'agirait non pas de censurer, mais plutôt de favoriser la présentation de points de vue à partir d'un éventail de perspectives différentes[2].  Une belle et bonne idée, mais dans les faits, on n'y est pas du tout.  Et en pratique, ce sera la censure, pure et simple. 

Dans le communiqué de presse, il est indiqué :

Lorsqu’une publication sera qualifiée de fausse information par deux des organisations de fact-checking, elle sera identifiée comme étant contestée. Cette publication affichera alors un pictogramme et mentionnera que l’information est contestée. Un message invitera l’utilisateur à se rendre sur le site de l’un des vérificateurs tiers pour en savoir plus. Lorsqu’un utilisateur envisagera de partager une publication identifiée comme non fiable, un avertissement « contesté par des tiers » s’affichera. Par ailleurs, la visibilité de ces publications pourra être réduite dans les fils d’actualité des utilisateurs.

Reste à voir ce que l'on entend par visibilité réduite et surtout, sur base de quels critères objectifs cette censure, puisqu'il faut bien l'appeler ainsi, sera appliquée.  On peut raisonnablement penser que cette formule est surtout un euphémisme destiné à rassurer les utilisateurs, et qu'en pratique, les articles marqués par les censeurs disparaîtront purement et simplement des fils d'actualité.  Il ne faut pas non plus se laisser abuser par la mention d'un avertissement lors du partage de ces articles contestés : dans la mesure où vous ne les verrez plus dans votre fil, cela ne s'appliquera qu'aux gens qui partagent l'article directement sur base de l'URL de celui-ci.  En l'état, il est difficile de savoir précisément dans quelle mesure les articles seront relégués, Facebook ayant fait montre de la plus parfaite opacité en la matière, comme à l'accoutumée.

Néanmoins, une chose est sûre, il s'agit bien de censure, et non d'une fonctionnalité visant à mieux informer les utilisateurs.  En termes de développement, il était nettement plus simple de s'en tenir à une simple mention, un avertissement signalant à l'utilisateur le caractère contesté de l'article.  Et en dernier ressort, pourquoi ne pas permettre aux utilisateurs de choisir eux-mêmes s'ils souhaitaient voir ou non les articles litigieux ?   Or nous le voyons, la solution imposée ne laisse aucun choix à l'utilisateur lui permettant de se faire sa propre idée.  Il est infantilisé, et désormais, il ne lira que des articles doubleplusbon certifiés par le Miniver.  Ah, et pour ceux qui s'imagineraient un peu naïvement qu'il s'agit d'un outil généraliste destiné à lutter contre la prolifération des fausses nouvelles; et que sa mise en service en pleine campagne présidentielle est pure coïncidence, laissez-moi vous détromper.   C'est écrit dessus (Élection française - CrossCheck).

Un exemple révélateur... et scandaleux

Ce qu'il y a de vraiment bien avec les détenteurs de la Vérité Vraie, c'est qu'ils ont le chic pour se placer invariablement dans les situations les plus inextricables,  indéfendables, et systématiquement révélatrices quant à leurs objectifs réels.  C'est la fameuse Turbine à claques de Monsieur Lordon.  Je les avais déjà épinglés sèchement lorsque Le Monde avait publié une fausse nouvelle concernant Donald Trump, puis dans les trois heures, avait caviardé celui-ci en douce afin de réduire la portée de leurs affirmations mensongères.  On pensait alors qu'ils avaient touché le fond, mais non...

Les fact-checkers qualifient de « trompeur » une satire politique

Vous ne rêvez pas, en pleine campagne présidentielle française, les fact-checkers ont épinglé une vidéo satirique raillant sur Facebook les soutiens du candidat « anti-système » Macron au titre qu'elle serait « douteuse ».  Sur base de quoi ?

L’énumération des soutiens politiques, globalement vraie, reste douteuse. La longévité politique de certains soutiens est exagérée. Renaud Dutreil, décrit comme « député depuis 25 ans », ne l’a été qu’entre 1993 et 2008, soit 15 ans. Le fait qu’Ismaël Emelien, ancien bras droit de Dominique Strauss-Kahn, ait rejoint En Marche! en 2016 suffit à dire que DSK soutient Macron.

La liste de soutiens économiques s’appuie aussi sur des rumeurs non corroborées. Les soutiens de Xavier Niel, Vincent Bolloré et Bernard Arnault sont flous. [...]

Comme on le voit, les motifs avancés sont consternants.  L'énumération est globalement vraie... Mais l'auteur décrit Renaud Dutreil comme étant député depuis 25 ans alors qu'il ne l'était que depuis 15 ans ?  On mentionne des rumeurs non corroborées de soutiens ?  Non mais allo, quoi !  Cette vidéo n'est pas un article de presse, c'est un pamphlet, une satire politique, qui par principe autorise l'exagération et la caricature.  Que serait une campagne présidentielle sans exagération, que ce soit de la part des candidats eux-mêmes ou de leurs porte-paroles quand ce n'est pas le fait de la presse ?  Rumeurs non corroborées de soutien de la presse dominante à Macron ?  Mais qui oserait le nier ?  Il suffit pour s'en convaincre de voir le nombre de unes et d'articles consacrés ces douze derniers mois à la petite merveille, alors qu'il ne s'est jamais présenté au suffrage de quelque élection que ce soit.

Il s'agit ni plus ni moins que de censure d'opinion.  C'est une dérive gravissime qui ne laisse rien présager de bon pour la suite des événements.  Comment des « fact-checkers », eux-mêmes payés par les susmentionnés milliardaires pourraient-ils prétendre à l'objectivité, étant à la fois juges et partie ?  Depuis quand juge-t-on de la « véracité » d'une opinion politique ?  D'une caricature ?  Vont-ils aussi, dans la foulée, marquer les vidéos des guignols de l'info comme douteuses ?  Ah non, c'est vrai, suis-je bête, le problème de leur effroyable insolence a été résolu lorsque Bolloré a pris le contrôle de Canal+.

En fait ce ne sont pas tant les opinions politiques qui dérangent nos bons maîtres, mais encore faut-il que nous ayons les bonnes.  Désormais CrossCheck y veillera.

Notes

  • [1] Big Brother : 1984 est communément considéré comme une référence du roman d'anticipation, de la dystopie, voire de la science-fiction en général. La principale figure du roman, Big Brother, est devenue une figure métaphorique du régime policier et totalitaire, de la société de la surveillance, ainsi que de la réduction des libertés. En 2005, le magazine Time a d'ailleurs classé 1984 dans sa liste des 100 meilleurs romans et nouvelles de langue anglaise de 1923 à nos jours, liste où se trouve La Ferme des animaux, autre fameux roman d'Orwell.  Source : Wikipedia
  • [2] Extrait  : « But our goal must be to help people see a more complete picture, not just alternate perspectives. We must be careful how we do this. Research shows that some of the most obvious ideas, like showing people an article from the opposite perspective, actually deepen polarization by framing other perspectives as foreign. A more effective approach is to show a range of perspectives, let people see where their views are on a spectrum and come to a conclusion on what they think is right. Over time, our community will identify which sources provide a complete range of perspectives so that content will naturally surface more... » Source : Zuckerberg, Mark in Building Global Community

Comments

La mondialisation idéologique est en marche!

DECODEX, Crosscheck... Autant "d'outils" destiné à faire en sorte que chacun pense comme il faut et apprécie sa 'juste' place dans un monde qui n'est pas là pour leur faire de cadeau.

CrossCheck va une étape plus loin parce qu'il ne fonctionne pas sur le mode "opt-in".  Il s'appliquera à tous les clients FB et Google qu'ils le veuillent ou non.

Avec décodex on était dans la diffamation, avec CrossCheck c'est la censure privatisée au service de l'État.  Et c'est grave.

FB je n'y suis plus... Nos données perso se font déjà suffisamment pomper comme cela ce qui me fait penser que facebook finira par péricliter, en partie, à cause de cela. Google c'est autre chose c'est vrai, mais c'est un peu omettre le coté résilient de la communauté du net non?

Quid de l'émergence, hypothétique certes, mais possible, d'un moteur de recherche qui s’émanciperait de ce genre de censure?

Oui, mais il faudrait éviter (pour la même raison) que ce candidat ne devienne à son tour un monopole.

En attendant, il y a Qwant qui n'est pas mal.

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